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Si on s’oppose au Kremlin, il faut payer

Tribune de Geneve

Exilé à Londres, l’oligarque déchu Andreï Borodine parle du système de pouvoir et de l’opposition russe

Tristan de Bourbon Londres

En exil au Royaume-Unidepuisun an et demi, Andreï Borodine brosse un portrait terrifiant du système qui gouverne son pays.

Que faites-vous à Londres?
J’ai quitté mon pays fin mars 2011 pour un week-end familial à l’occasion de l’anniversaire de ma fille. Je ne suis pas retourné dans mon pays depuis. J’étais devenu en quelques mois un ennemi du Kremlin et en particulier du premier ministre Dmitri Medvedev, car j’ai osé m’opposer avec un peu trop d’insistance à sa volonté.

Comment ont démarré vos déboires?
A l’automne 2010, Igor Yusufov, alors l’envoyé spécial de M. Medvedev pour les questions économiques, m’a annoncé que la banque privée dont je suis le président, la Banque de Moscou, allait être mise sous contrôle de l’Etat enétant vendue à la banque publique VTB. A l’époque, ce n’était évidemment pas dit, mais il comptait empocher dans l’affaire une marge d’aumoins 450 millions de francs, à partager entre lui, M.Medvedev, et Andreï Kostin, le patron de VTB. Pour cela, et pour assurer ma sécurité future, il fallait que j’accepte une remise d’environ 50% sur la valeur de mes actions.
J’ai résisté autant que j’ai pu, avant de céder et de leur vendre pour 734 millions de francs. Et c’est pour cela qu’ils ont lancé de multiples accusations contre moi. Car il y existe une règle importante: si on s’oppose au Kremlin, il faut ensuite payer. Comme M.Medvedev a la mainmise sur le pouvoir judiciaire, c’est assez simple pour lui.

De quoi vous accusent-ils?
Je n’arrive plus à suivre le nombre d’inculpations de fraudes et d’enrichissement personnel retenues contre moi. Récemment, ils m’ont aussi accusé d’avoir promis 50 millions de dollars à Sergueï Oudaltsov pour l’aider à prendre par la force le pouvoir dans plusieurs villes russes. C’est de la pure provocation.

Vous êtes pourtant sur la liste rouge d’Interpol…
Le procédé est automatique après la demande des autorités judiciaires de votre pays. Mais il n’existe pas d’indépendance de la justice en Russie, où les procureurs sont aux ordres du pouvoir, et c’est d’ailleurs une grave erreur des autorités judiciaires des pays occidentaux de ne pas prendre ce fait en compte car elle met la vie de citoyens russes en danger. Les nouvelles accusations pour fraude annoncées, hier, contre le leader de l’opposition Alexeï Navalny à la veille de la grande manifestation de l’opposition confirment qu’elle est à la botte du pouvoir. Je suis donc heureux que les politiciens américains adoptent la législation Magnitski, qui permet de limiter les déplacements de certains dignitaires russes à l’étranger ainsi que leur utilisation de leur argent.

En quoi vous semble-t-elle importante?
Le pouvoir contrôle en ce moment tout dans le pays. Cette législation permettra de lutter en faveur des droits, de la liberté et parfois de la vie des citoyens russes. Mon pays a besoin d’aide pour développer un système judiciaire indépendant et cette mesure peut l’y aider. Il faut que tous les pays occidentaux adoptent une législation similaire, même si je sais que ce sera difficile car Moscou est l’un des principaux partenaires commerciaux de Bruxelles.

On a annoncé que vous avez acheté une maison à 207 millions de francs dans la campagne anglaise et que des comptes crédités de 370 millions de francs vous appartenant ont été gelés, notamment en Suisse. Qu’en est-il?
Je confirme que mes comptes en Suisse ont été gelés mais mon avocat espère que la situation se réglera rapidement. Mon argent est propre et a été honnêtement gagné. Sinon, je ne veux pas commenter les rumeurs autour de cette maison.

Justice tardive

Un tribunal russe a condamné hier à onze ans de camp un ancien policier pour son implication dans l’assassinat, le 7 octobre 2006 à Moscou, de la journaliste d’opposition Anna Politkovskaïa, dont le commanditaire n’a jamais été identifié six ans après le drame. L’ancien lieutenant-colonel Dmitri Pavlioutchenkov a reconnu devant un tribunal de la capitale avoir organisé ce meurtre qui avait suscité de nombreuses réactions à travers le monde. L’ex-policier a reconnu qu’il avait pris en filature la journaliste, acheté un pistolet et remis au tueur l’arme du crime. AFP